Samedi 14 novembre de Vincent Villeminot

 

Titre : Samedi 14 novembre
Auteur : Vincent Villeminot
Éditeur : Sarbacane
Date de parution : 2016
Pages : 216

 

Petites informations sur l’auteur/ le livre :

Samedi 14 novembre est une fiction basée sur les attentats du 13 novembre 2015.

 

Esquisse :

Le vendredi 13 novembre 2015 ; une triste date pour Paris, qui a essuyé des attentats innommables.

B. se trouve à une terrasse avec son frère Pierre, quand en l’espace de quelques secondes, la peur et la mort a enveloppé l’atmosphère toute entière. Une voiture, des personnes armées, des tirs en rafales, le silence.
Après le silence pesant, il y a ce moment d’impact, où l’on se rend compte de ce qu’il vient de se passer.
Où l’on découvre que l’on est vivant, mais qu’autour beaucoup sont morts ou blessés.
Vient alors le désespoir et les cris.
C’est dans ce chaos que B. découvre son frère gisant, trois impacts de balles dans le corps.

À l’hôpital, le verdict tombe.
Pierre est mort. C’est terminé.
En sortant, le lendemain, B. va croiser dans le métro l’un des tireurs.
Alors, sans vraiment savoir ce qu’il va faire, il décide de suivre cet homme qui a semé la mort.

 

Critique :

13. Vendredi 13. Il paraît que c’est une date qui porte malheur.
Malheureusement, en ce vendredi 13 novembre 2015, ce fut le cas. Des événements tragiques et intolérables ont eu lieu.
Ce livre m’a alors attiré. Un attentat… En parler peut être très dangereux à exploiter, pointé du doigt ou même craint.
Mais s’imaginer un tel récit peut être aussi puissant. Imaginez.
Vous tombez sur l’un des tireurs le lendemain d’un attentat, un être qui a contribué à tuer l’un de vos proches et semer la terreur. Ça peut offrir beaucoup de matière pour un récit.
Je fonce donc pour suivre la tragique histoire de B., face à son destin.

Le style littéraire employé par Vincent Villeminot pour ce récit est un atout majeur, car il concorde parfaitement avec l’interprétation d’un tel événement, et des sentiments qui l’on peut ressentir.
Des paroles hachées, courtes et lourdes de sens, faisant ressentir un sentiment d’incompréhension, d’irréalité, d’hébétude et de flottement. Puis, la construction se fait plus dure, un peu plus violente.
Les chapitres sont très courts, le livre se termine rapidement.
Par ailleurs, des inspirations de témoignages, des vidéos qui ont tourné sur nos écrans et fait parler d’eux agrémentent l’histoire par-ci par-là. Nous avons affaire à des « témoignages » de personnes différentes, donnant leurs points de vus concernant ces attentats, de près ou de loin. Comme par exemple, celle d’une jeune fille ouverte d’esprit d’ordinaire et très humaine, qui se met à avoir des pensées tranchées, frôlant une forme de racisme, mettant tout le monde dans le même panier. Le fait que ces attentats ait pu engendrer, pour certains, une forme de peur envers les personnes de confessions musulmanes, est malheureusement une réalité. Tel est le but de la plupart des groupes terroristes ; diviser pour mieux régner…

L’écriture est réfléchie et mature. La tournure des phrases me fait étonnamment penser à une poésie tragique, dépeint dans l’horreur.
Vincent Villeminot a sut maîtriser sa plume pour créer une forme de beauté pudique dans l’horreur d’avoir vécu, survécu, à un tel événement.
Tout est décrit avec délicatesse, pudeur et violence à certains moment.

B. n’est plus que l’ombre de lui-même, il ne sait plus vraiment qui il est.
De ce fait, son nom n’est pas indiqué tout de suite.
Emplit d’une haine en constante augmentation, B. va suivre ce tireur, qu’il surnomme « l’Arabe« . Et le répète beaucoup. Ce qui m’a mis un peu mis mal à l’aise tout de même. Son sentiment de rage lui fait perdre toute notion de la réalité. Cela se ressent énormément dans l’écriture.

C’est à Dunkerque qu’il se retrouve, pénétrant dans l’appartement du jeune assassin, nommé Abdelkrim, et de sa petite sœur Layla al-Raqiq. Il aurait pu prévenir la police, sachant où il se terrait. Mais dans son élan de violence, il décide de les séquestrer, les humilier et les effrayer, pour les punir. Il décide de rendre justice soi-même.
La rage au cœur, B. va agir de façon dont il n’aurait jamais pu se croire capable.
La haine engendre la haine. En répondant par la haine, B. est proche de devenir le semblable des assassins. D’agir et penser comme eux, les terroristes.

En réfléchissant, en se mettant à parler avec Layla, qui n’a rien à voir avec la participation de son frère dans l’attentat, il se posera et réfléchira à tout ceci. Alors nous apprendrons son prénom, son identité. Benjamin.
Il retrouve son identité malgré tout. J’ai beaucoup apprécié un moment précis, où Benjamin et Layla se mettent à parler face à face, sans censure. Une conversation cœur à cœur.

Un texte qui veut insuffler de l’espoir, mais une fin ouverte qui me laisse sur ma faim, étant donné que j’aurais aimé avoir une réponse concrète. De plus, cela m’a paru malheureusement quelque peu crédule…
C’est tout de même un très beau texte. Touchant.

 

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