Passeport à l’Iranienne de Nahal Tajadod

 

Titre : Passeport à l’Iranienne
Auteur : Nahal Tajadod
Éditions : JC. Lattès
Pages : 304
Date de parution : 2007

 

Petites informations sur l’auteur/ le livre :

Nahal Tajadod est née en Iran en 1960. Elle la quitte pour la France en 1977, où elle obtient un doctorat de chinois. Elle a participé à la traduction de poèmes de Rûmi (maître du soufisme), et en a écrit une biographie.

 

Esquisse :

Nahal Tajadod est en Iran avec sa petite fille. Pour pouvoir sortir du territoire Iranien et pouvoir retourner en France, celle-ci doit renouveler son passeport.

Pour cela, il faut (évidemment), prendre une photo d’identité en conformité avec les règles politiques et religieuses. Un portrait islamique : cheveux couverts, pas de maquillage, aucun sourire, aucun bout apparent de chair hormis le visage. Mais seulement, une simple photo ne suffit pas.

Il y a derrière toute une procédure administrative longue, épuisante, inconcevable ! Celle-ci va devoir user de stratégie et de ses contactes pour pouvoir avoir les dossiers nécessaires, ainsi que son précieux passeport dans un temps limité.

Pour Nahal, une course contre le temps va débuter, avec pour allié le peuple iranien. La vraie vie de Téhéran nous est alors révélée, avec un regard rieur et une pointe d’humour. Deux photographes aussi réparateurs de cheveux avec des femmes couseuses de chaises, un médecin légiste trafiquant d’organe, une grand-mère qui offre une poule vivante à un militaire implacable comme pot-de-vin, un technicien qui cache une parabole TV dans des marmites d’offrandes religieuses (…). Tout ces personnages dépeints ont des connaissances et apporteront une aide précieuse à Nahal pour lui permettre d’obtenir son passeport dans les meilleurs délais.

Toute une population qui a la générosité désordonnée des grands souks, où le rituel du « tarôf » (qui consiste à d’abord refuser tout paiement ou contributions), prédomine selon la culture.

Dans ce parcours, voilà l’Iran surprenant que nous fait découvrir grâce à son vécu Nahal Tajadod, avec humour et surtout, l’immense tendresse d’une femme qui aime réellement son pays, et refuse l’image qu’on offre souvent de lui.

 

Critique :

C’est avec une certaine excitation que j’ai ouvert ce livre, moi qui apprécie les histoires se déroulant  dans d’autres contrées que la nôtre, et aussi l’humour, je dois avouer que j’ai très rapidement déchanté. 304 pages ce n’est pas énorme, pourtant ces pages-là m’ont donné la sensation de traîner en longueur. Il y a tellement de choses à dire et si peu à la fois que je ne sais pas par quoi commencer…

Tout d’abord, Nahal Tajadod a écrit ce roman en ce basant sur sa propre histoire. Elle raconte donc ce qu’il s’y passe avec véracité. Remarquer à quel point il est compliqué d’obtenir un simple passeport est assez remarquable. Et voir comment les procédures se déroulent, la difficulté et les stratégies qu’il faut employer est assez drôle par son aberration. C’est peut-être bien la seule chose d’amusante dans ce roman…

La quatrième de couverture promet une histoire remplie d’humour, une écriture abondant d’auto-dérision. Pourtant, je n’ai rien vu de cela, et je ne crois pas être très difficile. Dès les premières pages, l’auteure apparaît comme une femme aisée, portant de la grande marque avec une certaine fierté et l’envie de se faire envier, ou du moins remarquer. Elle décrit donc ce qu’elle porte sur elle, les meubles anciens et d’une grande valeurs qu’elle possède, mais aussi les grands problèmes qu’elle doit affronter. Par exemple : savoir à tout prix combien elle doit donner en pourboire à tel personne ? Ou alors comment faire pour cacher le précieux caviar dans ses valises pour que les douaniers ne le confisque pas ? Oui, de bien graves problèmes comparés à la misère d’une grande partie de la population iranienne. Voulant démontrer une forme d’absurdité concernant les administrations iranienne et les problèmes liés à la politique, l’auteure n’est resté qu’à la surface des choses. De bout en bout, elle est restée accrochée à ses mœurs et ses habitudes très bourgeoise, nous décrivant plutôt ses problèmes et ses ressentis que le réel sujet, qui lui, était pourtant très intéressant : la vie en Iran, la politique, la manière de vivre des habitants… Mais non. Nous voilà donc pris d’assaut par les péripéties d’une jeune femme expatriée bourgeoise dans son pays natal.

Le personnage m’a consterné à plusieurs moments. Les multiples phases où l’auteure nous plaque au visage sa richesse et ses petits problèmes, c’est une chose qui est déjà agaçante. Mais si l’humour revient uniquement à se moquer des autres, c’est tout de même de mauvais goût. Car en effet, il y aura beaucoup de blague concernant les iraniens dans la misère, mais l’auto-dérision ne sera pas le point fort de madame Tajadod, ce qui rend le personnage assez détestable. La stratégie qu’elle employait pour résoudre ses problèmes collent bien avec la facette de notre monde tout de même : la corruption. Car oui, après nous avoir bien fait comprendre que l’argent foisonnait dans ses poches, elle prouve, peut-être sans le vouloir, que l’argent fait tout, et que la corruption est fortement présente. Le portrait dépeint est tout bonnement ahurissant, à tendance superficielle et snob. Quelle dommage car l’idée de départ était bonne.

L’écriture quant à elle est simple, mais l’histoire est tellement mal menée, tellement centrée sur son propre personnage qu’elle ne m’a pas convaincue. Les personnages secondaires sont effacés et finalement inexistants, c’est très répétitif, et je me suis demandé à plusieurs reprises ce qu’il arrivait à sa petite fille pendant tout ce temps, car elle-même était très effacée du récit, voir absente. Bien que certains événements et personnages secondaires m’ont semblé phénoménale aux premiers abords, je n’ai pas été transporté totalement en Iran, étant bien trop accroché à ce personnage principal étouffant. J’ai été vraiment déçue par ce manque de recul.

 

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