Le club des punks contre l’apocalypse zombie de Karim Berrouka

 

Titre : Le club des punks contre l’apocalypse zombie
Auteur : Karim Berrouka
Éditions : J’ai Lu
Pages : 416
Date de parution : 2017

 

Petites informations sur l’auteur/ le livre :

Karim Berrouka est écrivain, éditeur et musicien. Il a été chanteur du groupe punk « Ludwig von 88« .

Il publie ses premières nouvelles en 2002, et son premier roman « La Porte » en 2007. Il se concentre par la suite, au début des années 2010, à la publication de romans.

« Le club des punks contre l’apocalypse zombie » a vu le jour en 2016, et a remporté le prix Julia-Verlanger 2016.

 

Esquisse :

Deuspi et Fonsdé, deux amis anarchistes, deux frères de conneries, profitant de la vie dans leur squat baptisé « le Collectif du 25″, en refaisant le monde et découvrant de nouvelles visions grâce à de bonnes doses d’alcool et diverses drogues. C’est une nuit ordinaire : Alcool, trip, musique, façonnage du monde et espérance de la mort du capitalisme, Satan impérialiste. Leur amie Eva, aussi surnommée Miss Anti-tout, qui ne souhaite que redescendre et se reposer, se retrouve envahit de bruits parasites ; Hurlements, coups de feu… Elle s’imagine que ce vacarme est crée par ses deux amis, habitué à faire tout un tintamarre quand ils se laissent aller, mais il n’en est rien. Deuspi et Fonsdé plongent dans le néant, après une dernière bibine. À leur réveil, le monde se retrouve totalement changé.

Kropotkine, leur maître à penser, débarque dans le squat comme une furie, proclamant que le monde progresse enfin, qu’une révolution est finalement en marche. Mais Deuspi et Fonsdé, brutalement sortie de leur sommeil, décident que la révolution peut encore attendre le temps d’une petite sieste.

Après s’être réveillés, seuls, les deux compères décident de découvrir pourquoi Paris est en alerte total, en montant sur le toit. De là-haut, ils disposent d’une vue imprenable, et ce qu’ils voient les laissent bouche-bée.

Des voitures retournées, des vitrines brisées (la partie sympa jusque-là), puis… des hommes et des femmes qui se dévorent entre eux, couverts de sang, mastiquant des tripes en se déplaçant tels des fantômes. Ils observent cette foule de morts-vivants prendre d’assaut la capitale et déchiqueter les quelques fuyards désespérés. Face à cette scène horrible et sanglante, Deuspi et Fonsdé tentent de comprendre pourquoi tout cela arrive, avec un certain recul. L’explosion du réaction nucléaire ? Les radiations ? Leur trip était-il trop puissant ? Est-ce dû au capitalisme, à la télé qui a fini par définitivement bouffer leur cerveau ? Mais que faire face à ça ? Ils se décident alors… d’aller boire des bières au calme.

Mange-Poubelle, un autre squatteur du groupe est un fan de jeux vidéo, de SF et de films. Lui a un avantage. Grâce à ses connaissances vidéoludiques sur les zombie et l’apocalypse, il a sous la manche quelques ressources importantes, des connaissances et bases pour faire face à l’apocalypse zombie.

Pour le club des punks, cette apocalypse peut être ce qu’ils attendaient depuis longtemps. Un vieux rêve de Kropotkine peut enfin se réaliser, et dans ce vent de liberté et de sang, ils se décident de profiter du chaos ambiant pour faire flotter sur les monuments de Paris le drapeau noir de l’anarchie ! Mais pour pouvoir crier « No Future ! », le club va devoir affronter un paquet de bouffeurs de barbaque sur une route complètement tordue et déjantée !

 

Critique :

Dès le départ, le roman nous met dans le bain avec des personnages hauts en couleur et totalement déjantés. Rien que leurs prénoms en dit long sur ce qui nous attend. L’écriture de Karim Berrouka est dynamique, jeune et direct. l’auteur maîtrise son sujet, et mène son récit avec brio, provoquant des rebondissements étonnants. L’ambiance est totalement punk, agrémentée de quelques groupes de punks qui titillera les curieux. Cette fin du monde se base sur un fond de défonce, et de critique du monde actuel, de notre société de consommation devenu abusive et abrutissante sur bien des sujets. Une apocalypse avec pour héros des outsiders, hors des castes, qui redonne un vent de fraîcheur à la terreur légendaire des zombie !

Concernant nos personnages ; Mange-Poubelle est celui qui adore les jeux vidéos et la Science-Fiction. Il prend l’apocalypse zombie avec une certaine aisance et légèreté. Mais lui, a réellement conscience de ce qu’est devenu le peuple et le monde. Il s’est rapidement familiarisé à ce nouvel environnement, qu’il a déjà pu tâter de sa manette ou visionner de son canapé. C’est par ailleurs, le personnage qui m’a le plus intéressé.

Eva, c’est la jeune fille qui est anti-tout. Elle est prise de court par ce qu’il se produit mais est extrêmement réfléchie, malgré le fait qu’elle ait très souvent quelque chose de négatif à dire ou des leçons de morales à donner.

Deuspi et Fonsdé sont comme des inséparables. Ils aiment faire des conneries ensembles, et prendre les événements à la rigolade. Malgré leur manque de maturité, ils apportent une belle aura de fraternité.

Glandouille et Pustule (avec leurs chiens), sont des punks à chien. Eux aussi viennent du Collectif du 25. Malheureusement, ces personnages mettent un certains temps à apparaître, ce qui est fort dommage…

Kropotkine, c’est le maître de la pensée pour le Collectif du 25. Il apparaît comme une sorte de mentor de l’anarchie.

Quand il s’agit d’histoire de zombie, la plupart des schémas se ressemblent. Les zombies envahissent les zones, créant la panique tout autour, massacrant tout ce qui bouge. Ceux à quoi les protagonistes, généralement terrifiés et dans la totale incompréhension (ce qui est normal), tentent le tout pour le tout pour s’enfuir, retrouver leurs proches, trouver un endroit calme où se reconstruire, fonder une communauté et surtout, survivre. Mais pas dans ce livre, qui par ce biais, chamboule complètement la légende et la trame connue et habituelle. Ici, nos personnages ont des réactions étonnantes et pour le moins déconcertantes face au contexte, mais pour le moins cohérente avec leurs visions des choses. Eux qui depuis longtemps, font appel à la révolution et réclame le changement, y voit dans cette apocalypse la possibilité d’un renouveau en leur faveur. Un monde sans complot, sans politique, sans dictature, sans abrutissement sous toutes ses formes (…).

– Bah, dit Eva, c’est plutôt bien, non ? OK, l’horreur a juste changé de méthodes, mais elle a au moins l’avantage d’être honnête, de ne plus cacher son visage. Maintenant, plus de combines, de complots, de duperies, de mystifications, de…
– Yep, juste des zombies qui veulent te bouffer la tronche.
Silence.

À travers nos anarchistes, la critique sociétale n’est pas dépeint en finesse, mais comme nos personnages, elle est claire, direct, sans prise de gants. Cette critique constitue une grande partie du roman, et prend une place importante dans l’histoire. Malgré tout, cela n’entrave pas à la continuité du roman. Il faut savoir que l’humour est présent constamment. Les événements sont pointés du doigt avec beaucoup d’ironie, de sarcasme et de blague collant parfaitement au contexte. Il y a aussi parfois des phases très mystiques, énigmatiques et totalement perchés qui peuvent laisser pantois.

Ce qui est intéressant avec la fiction zombie, c’est que peu importe qui tu étais avant, ce que tu faisais, tu deviendras un corps putréfié sans identité. Après tout, on se dirige tous vers la même sortie. Et pourtant, avec la fin du monde une poignée de personne se décide de profiter de ce renversement, de cette remise à zéro pour prendre le pouvoir, faire valoir leur idéologie, créer une société à leur image… Ce qui est là aussi, d’actualité dans notre monde actuel. Durant une période de crise, l’Homme redevient animal, primitif. À croire que les vivants sont plus nuisibles et dangereux que les morts…

Bien que les zombies aient des ressemblances avec ceux connus, ils ont aussi beaucoup de différences, des caractéristiques propre à ce roman. Le mythe zombie appartient à l’horreur/ SF. Donc, ces monstres avides de tripes ne peuvent être associés à notre réalité. Toutefois, nous avons tendance à nous habituer aux choses, et les « règles » du monde post-apocalyptique zombie en font aussi partie. Il y a les zombies de bases, ceux connu grâce aux jeux vidéos Resident Evil ou The Walking Dead par exemple ; ils sont lents, et ne pensent qu’à dévorer des êtres vivants. Puis les zombies un peu plus évolués, dû à un transfert de rage comme dans 28 jours plus tard ; les zombies sont très rapide, agiles et cherchent eux aussi à dévorer des êtres vivants. Ils sont toutefois plus agressifs que leurs homologues zombie. Dans ce roman, les zombies (du moins certains) semblent avoir un zeste d’humanité, très légère. Certaines règles changent donc, et rajoutent une forme d’irréel à l’irréel. Certains événements pourront laisser perplexe certains lecteurs. Ce livre purement SF et mysthique, peut être étonnants de par ces nouveautés. Pour ma part, j’ai trouvé quelques passages difficile à avaler, parfois frôlant un peu trop l’absurde, bien que cela corresponde à la situation.

Pour finir, c’est un livre que je conseille tout de même aux amateurs de zombies, et à tout fan de SF bien entendu. Karim Berrouka à une forte maîtrise d’écriture et d’humour. C’est une oeuvre original et qui ne peut laisser place à l’ennui. Les sujets traités sont variés et maîtrisés. Un livre à lire avec pas mal de recul tout de même. Si vous n’êtes pas intéressé à la politique, au communautarisme, au vision de punk déjanté, ce livre pourra vous rebuter. Toutefois c’est un livre qu’il faut lire. Une très belle expérience qui m’a donné des crampes aux joues !

 

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