Les hirondelles de Kaboul de Yasmina Khadra

 

Titre : Les hirondelles de Kaboul

Auteur : Yasmina Khadra

Éditeur : Pocket

Pages : 160

Date de parution : 2010

 

Petite information sur l’auteur/le livre :

Yasmina Khadra est en réalité un homme, et se nomme Mohammed Moulessehoul. Il rend hommage aux femmes algériennes, mais aussi à son épouse. Son pseudonyme provient des deux noms de son épouse. Il révélera son identité en 2001. La parution originale de son livre « Les hirondelles de Kaboul » date de 2002.

 

Esquisse :

Dans les ruines et la déchéance de Kaboul, des personnes tentent du mieux qu’ils peuvent de survivre. La mort rôde dans la ville, un turban autour du crâne et une kalachnikov entre les mains. Les Talibans veillent à ce qu’aucun rire ne soit entendu, intégrant un climat de peur constante. Des exécutions publiques à tout-va, lapidations, pendaisons…

Le roman débute par la lapidation d’une femme justement, où nous rencontrerons nos protagonistes et leur histoire.

Autour de ce spectacle sanglant, nous voyons Atiq, un courageux moudjahid qui a changé le cours de sa vie en devenant geôlier, une cravache à la main pour se faire respecter et abuser de son fouet parfois. Chez lui l’attend sa femme Mussarat, qui malheureusement est gravement malade, attendant que la maladie qui la ronge finisse par la tuer définitivement. Atiq subit, se posant multiples questions et doutant de tout, traînant sa peine comme un boulet, la haine au bout de son fouet.

Puis nous avons Mohsen, ce citoyen qui rêvait de modernité mais qui a vu son monde s’écrouler en même temps que les bâtiments de Kaboul et l’espoir d’une vie meilleur. Une chose le maintient encore en vie, sa femme Zunaira, une femme d’une beauté rare qui avant cette guerre, était une avocate se battant pour les droits de la femme. Elle est désormais condamnée, comme toutes les femmes de Kaboul, à demeurer derrière le grillage de l’habit obligatoire, le tchadri.

Au détour de ces routes la folie les guettent. Nous serons confrontés aux doutes, aux espérances, aux questions qui semblent sans réponses. Ce sont des tragédies qui nous sont écrites. La folie des hommes ne cessera-t-elle jamais ? Jusqu’où ira-t-elle ?

 

Critique :

Une histoires déchirante et bouleversante. Tout ce qui touche à ce genre de guerres atroces me touche particulièrement, par leur triste réalité. Un livre qui est désormais connu par beaucoup de lecteurs, et en terminant ce roman, j’ai compris pourquoi.

A Kaboul, la ville est au bord du gouffre, nous avons l’image d’une ville autrefois agréable et qui promettait une modernité que Mohsen espérait, mais qui est devenue un terrain miné avec pour maintenir l’ordre, des Talibans prêt à frapper ou abattre quiconque transgresse leurs règles, aussi absurdes soit-elles. Interdiction de rire, de parler fort (il vaut mieux ne pas parler du tout d’ailleurs), de rater une prière, de ne pas porter la barbe réglementaire… Tout le monde subit, sans oser se révolter car la rébellion amènerait simplement à avoir une balle logée dans la tête, ou pire. Les rues puent la mort et les citoyens transpirent de peur.

La condition de la femme y est pire. Une femme n’a pas le droit de se déplacer seule, elle doit porter le tchadri et ne pas parler. Encore moins rire. Etre cachée et invisible, ne plus vivre, rester enfermée derrière la paroi grillagée du tchadri.

Dans l’écriture de Mohammed Moulessehoul, nous pouvons percevoir à quel point ce combat contre l’oppression, la guerre, les Talibans et les conditions de vie (et de la femme) le touche profondément. On sent l’amour qu’il a porté dans ce roman, grâce aux mots employés, aux expressions qui malgré l’horreur ce veulent poétiques. A travers les personnages qu’il a inventé, on peut comprendre que les questions posées et les souffrances infligées, sont une part de lui-même et de son incompréhension sur la folie de ces hommes. Le désespoir que l’ont ressent est décrit avec puissance, à travers les émotions et les points de vues de nos personnages. Le respect qu’il porte aux femmes y est clairement visible car, bien que nous nous intéressons beaucoup à nos deux hommes, les sujets dévient souvent sur leur femme, pour en devenir un sujet principal.

Des paroles fortes et des questions existentielles. Le sentiment d’impuissance face à ce genre d’événement. Le fait que cela continue. La réalité du sujet rend le roman parfois difficile à lire, mais comme toute vérité difficile à avaler, elle est bonne à savoir.

C’est une forme de témoignage, un appel à la raison. Ce livre, comme beaucoup d’autres, prouvent que la folie des hommes n’a aucune limite. Tout est permis pour ceux qui ont une arme entre les mains. Mais si vous êtes un citoyen ou une citoyenne, la survie suffocante sera le seul but restant. Vivre dans le feu et le sang. Nos personnages se rappelleront leur passé, regrettant leur vie d’avant, se demandant encore combien de temps cette atrocité va durer. Nous vivons à travers eux d’une manière plutôt subtil, tout en étant direct et cruel. Plongé dans la peur permanente, c’est la boule au ventre que je tournais les pages, espérant comme nos personnages, que les événements deviennent moins difficiles.

Pour finir, malheureusement j’ai trouvé que parfois, certaines actions se produisaient un peu trop vite. Et la fin m’a vraiment chamboulé, ce qui était très certainement voulu par l’auteur. Mais j’aurais aimé en lire plus, en savoir plus. J’aurais aimé que cette histoire se finisse mieux. Mais il ne fallait pas rêver, dans une réalité comme celle-ci, on se passera d’un happy-ending.

Le roman est très court, mais il suffit pour vous retourner l’estomac et la tête tant il est sombre. A lire !

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