La tresse de Laetitia Colombani

 

Titre : La tresse

Auteur : Laetitia Colombani

Éditeur : Grasset

Pages : 224

Date de parution : 2017

 

Petite information sur l’auteur/le livre :

Laetitia Colombani est scénariste, réalisatrice et comédienne. Elle a écrit et réalisé deux longs métrages. La tresse est son premier roman.

 

Esquisse :

Trois femmes, trois vies différentes, trois continents. Pourtant, leur envie de liberté et de modifier le cours de leur vie les raccordent.

Smita (en Inde) est une Dalit, plus simplement une Intouchable, hors du système. Une caste mise à l’écart, jugée impure et indigne. Smita n’a jamais pu aller à l’école à cause de cette différence sociale. Pourtant, elle et son mari Nagarajan font en sorte que leur fille Lalita (qui a 6 ans) puisse s’y rendre afin d’apprendre à lire et à écrire. Smita se refuse à ce que sa fille ait la même vie qu’elle, à retenir sans cesse sa respiration pour ne pas avoir à subir cette odeur infâme chaque jour que Dieu fait. En effet, elle exerce un métier honteux, qui se transmet de mère en fille. Celui d’extracteur. Elle nettoie les déjections des autres habitants, car à Badlapur il n’y a pas de vraies toilettes, les gens font leurs besoins dans des latrines sèches. Alors, elle fera tout ce qui est en son pouvoir pour que sa fille puisse vivre dignement et librement.

Giulia (en Italie) est une jeune femme de 20 ans. Elle aide son père dans son atelier, une entreprise familiale qui s’est transmise de génération en génération. Le but est de trier, démêler, laver et teindre des cheveux italiens pour confectionner des perruques. Giulia semble être une passionnée de littérature, préférant la compagnie des livres plutôt que celle des garçons. Elle aime sa petite vie tranquille. Malheureusement, le destin a décidé de chambouler son petit train-train tranquille. Son père est victime d’un accident, et pour combler le tout, elle découvre que l’entreprise familiale est sur la paille, endettée jusqu’au cou. Malgré son jeune âge, elle devra trouver des solutions pour que sa famille et l’entreprise de son père ne coulent pas.

Sarah (au Canada) est une avocate réputée. Absolument tout dans sa vie est anticipé, chronométré à la seconde près. Son titre est une grande fierté pour elle, surtout pour avoir réussie dans un cabinet connu pour être machiste. Son métier et ses ambitions l’ont poussé à faire de multiples sacrifices dans sa vie personnelle, allant jusqu’à cacher une partie de sa vie familiale. Grâce à sa persévérance, elle va être promue à la tête du cabinet. Mais une nouvelle chamboulera ses plans et sa vie tout entière. Sarah est atteinte d’une grave maladie. Elle devra donc se battre contre cette maladie, mais aussi contre les requins qui l’entourent.

 

Critique :

Dans ce roman, nous vivons donc l’histoire de trois femmes différentes qui doivent prendre leur vie en main, la modifier et faire en sorte de l’arranger. Trois combats dans trois parties du globe. Le roman est séparé par parties. Nos protagonistes ont chacune leurs propres chapitres. L’écriture quant à elle est très belle, Laetitia Colombani a une très belle manière d’écrire, ajoutant du bout de sa plume une pointe de poésie et de réflexion.

Avec Smita, nous nous retrouvons à la place de la pestiférée, rebut de la société. Celle qui dérange et qui n’a droit à rien, qui doit effectuer un travail honteux et dégradant tout en étant invisible. Dans ce coin reculé, les Intouchables souffrent de l’indifférence sociale et politique. Les Jatts semblent maintenir ce peuple dans la peur et l’oppression, n’hésitant pas à les menacer et exécuter leur menace, aussi horribles soit-elles. Voilà le problème lié à sa vie. La caste sociale et la politique indifférente qui les laissent mourir dans leur trou, tel des rats. Son mari d’ailleurs, exerce un métier tout aussi étrange que le sien, celui d’attraper les rats. Les Dalits n’ont aucun salaire, et ont juste le droit de garder ce qu’ils prennent. Tout le reste appartient aux Jatts. Une vie de misère ou le rat remplace le poulet.

Nous apprenons en plus quelques informations sur la culture indienne et l’hindouisme. En prime de cela, il y est écrit que le viol est une épidémie en Inde. Les femmes subissent cette horreur pour expier les délits de leurs proches, des hommes. Etre une femme là-bas, équivaut à n’être qu’une moins que rien, elle ne représente rien. Elles sont violées et assassinées dans l’indifférence générale, encore une fois. A la naissance, les petites filles sont souvent tuées, ou enterrées vivantes.

Avec Giulia, nous avons affaire à une jeune fille qui dans son malheur rencontrera un peu de douceur, dans cette Italie aimant et étant attachée à ses traditions. A seulement 20 ans, elle a un énorme poids sur ses épaules. Non seulement son père a eu un grave accident, mais son atelier est proche de la fermeture, emportant dans la misère sa famille et les ouvriers. Son problème est donc surtout financier. Bien qu’elle aime à s’oublier dans une passion fraîchement découverte, Giulia apparaît comme une héroïne, se battant corps et âme pour tous les sauver.

Avec Sarah, c’est le problème de la maladie et de la société qui est mise en avant. Elle avait tout pour continuer à réussir, c’est une femme brillante. Mais la maladie va la toucher, et changer le cours de sa vie sociale et professionnelle. La grande avocate ayant traité des dossiers retords, devra affronter un ennemie terrible et imprévisible, sa maladie. Suite à ça, elle devient stigmatisée, rejetée, dans l’indifférence, la fausse compassion. La maladie détruit la santé c’est un fait, mais il tue aussi socialement, car elle provoque la peur et sent la mort. Elle devra donc se battre pour continuer d’exister, prouver qu’elle est encore en vie et qu’elle ne baissera pas les bras. Chose difficile, surtout quand on travail dans un milieu de requins.

D’un point de vue personnel, j’ai préféré l’histoire de Smita car je l’ai trouvé bien plus touchante. Surtout quand on y lit les conditions de vie, c’est une infamie. Et le fait que son combat vise surtout à améliorer la vie de sa petite fille joue beaucoup sur mon avis.

Une tresse est (généralement) composée de trois mèchent, se mêlant les unes aux autres afin de former une coiffure unie et solide, tout comme ces femmes. Les trois vies se croisent de manière très intelligente, ce sont des histoires recherchées et un livre humain, appelant à la paix et à la réflexion. Un très (très) beau roman qui ne m’a pas laissé indifférente.

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