Mariée de force de Leila

 

Titre : Mariée de force

Auteur : Leila

Éditeur : J’ai Lu

Collaborateur : Marie-Thérèse Cuny

Pages : 256

Date de parution : 2005

 

Petite information sur l’auteur/le livre :

Le nom de famille de Leila n’est pas mentionné pour garder une partie de son anonymat. Elle s’est libérée de son mari, a pu obtenir le divorce et vit une vie tranquille avec son fils.

 

Esquisse :

Leila est française, issus d’une famille d’immigrés marocain, vivant dans la pure tradition musulmane. Avec une mère en retrait et agressive envers elle, dix frères élevés comme des princes et un père violent et menaçant,  elle est appelée à faire toutes les tâches ingrates à la maison.

Elle est isolée, n’ayant pas le droit de sortir et étant sans cesse soumise par sa famille, Leila se rebelle et tente de vivre librement en cachette, ou en se confrontant à cette éducation qu’elle juge trop sévère, malgré sa peur.

Elle est par ailleurs, en manque d’affection (surtout paternel) et aimerait simplement être aimée par celui-ci. Elle cherche à le faire comprendre en faisant diverses tentatives de suicide. Elle tente de s’émanciper, mais en vain.

Son monde s’écroulera entièrement quand son père décide de la marier contre sa volonté. Elle passera par la dépression ou encore l’anorexie pour faire comprendre son mal-être. Elle devra se battre pour se sortir de cette situation chaotique.

Pour une fois, une jeune femme témoigne sur la vérité des mariages arrangés en France. Encore aujourd’hui, plusieurs filles en sont victimes.

 

Critique :

Le manque de considération et l’éducation stricte la pousse à se rebiffer et à avoir elle-même des excès de violence afin de rejeter sa haine et sa frustration d’être traitée comme une esclave chez elle, car comme on dit, « La haine ne fait qu’engendrer la haine« . Rajoutons à ça son sentiment d’isolement et d’enfermement, tentant de ne plus ressentir pour ne plus subir, et de vouloir sans cesse braver les interdits pour se sentir exister. L’éducation par la violence prouve encore une fois, que rien n’en sort de bon à part de la violence dans la plupart des cas. C’est une cause à effet.

La manque d’écoute et de discussion est si proche du néant que Leila ne sait même pas ce que sont les menstruations. Ils ne parlent jamais de ce genre de choses. Elle doit donc se retrancher dans un mutisme total tout en supportant la pression, les menaces de son père sur le « qu’en dira-t-on ? ». La force de ce témoignage, et de ce genre de livre en général, c’est que l’on peut s’identifier à son vécu ou à sa personne. Il permet de se sentir moins seul(e) quand on traverse ces mêmes phases, ou de s’informer tout simplement.

Il est difficile d’imaginer pouvoir tolérer une telle violence dans sa propre famille, et d’en ressentir la honte d’en parler, d’avoir la peur d’en parler. De subir, en plus des violence physiques, les insultes et les menaces perpétuelles des êtres qui sont censés nous être chers et présents pour nous soutenir et nous aimer.

Un texte simple, utilisant souvent des mots « cash », des injures qui prouve la rage qui la ronge, ou des mots de « jeunes ». C’est parfois quelque peu répétitif.

Le livre traite d’un sujet très grave et qui n’est pas très connu en France. Les mariages arrangés. Dans notre pays, malgré le mélange des cultures et des traditions, il semble difficile d’imaginer que ce genre de mariage puisse exister sur notre sol, et surtout que cela puisse passer entre les mailles du filet. La honte d’être répudiée, d’oser se plaindre. Leila, elle, ne se laissera pas faire là où d’autres abandonnent, mais elle a dû passer par différentes étapes difficiles pour s’en sortir, se détruisant physiquement et mentalement par moment.

Certains aînés sont très attachés (ou tributaires) aux/des traditions qu’ils ont connus, et ne voient pas comment cela pourrait être différent, étant donné qu’ils ont grandit dedans. Ils pensent donc agir pour le bien de leurs enfants. Dans la tradition, être répudiée est l’une des pires hontes pour l’honneur de la famille entière. Pourtant, le Maroc a ajouté de nouvelles lois pour les femmes, leur permettant de divorcer par exemple. Encore aujourd’hui, elles poursuivent leur combat pour obtenir leurs droits.

Ce n’est pas seulement un témoignage, c’est une dénonciation importante, sur un sujet dont on ne parle pas, et dont on ne connait que très peu de chose. De part son expérience, elle nous prodigue ses propres conseils: oser parler, ne pas s’enfoncer dans un mutisme.

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